Depuis que Gary est entré dans sa vie, la comédienne Sibylle Blanc a troqué les talons contre les baskets, un appartement dans le centre de Genève contre une maison avec jardin à Lausanne et les week-ends improvisés contre de longues promenades. Elle raconte avec humour comment son jack russell a tout chamboulé dans son quotidien. Pour son plus grand bonheur !
Comment Gary est-il entré dans votre vie ?
Je travaillais avec une amie à Moscou qui savait que j’adorais les chiens. Elle savait aussi que j’avais beaucoup aimé le jack russell d’un ancien compagnon, donc cette race me plaisait déjà, même si je savais qu’elle était très énergique.
Un jour, elle m’a dit : « Viens, j’ai un copain qui a neuf bébés chiens. » Je suis allée dans le petit appartement d’un comédien russe et j’ai rencontré Gary. Il ressemblait à un petit pain chaud.
J’étais censée simplement aller voir, mais j’étais déjà condamnée. Je suis rentrée en Suisse, j’ai attendu qu’il soit sevré et vacciné, puis je suis retournée à Moscou deux mois plus tard pour le chercher.

Aviez-vous déjà eu un chien ?
Oui. J’ai eu une immense histoire d’amour avec un chien quand j’avais 12 ans. J’avais perdu ma mère à cet âge-là, et la plus belle chose qui me soit arrivée après ce décès, c’est que mon père m’a emmenée à la SPA. Il m’avait dit : « Il y a 99 % de chances qu’on rentre sans chien. »
Et finalement, nous sommes tombés sur une petite chienne bâtarde de trois mois.
Je pense sincèrement qu’elle m’a sauvée. Elle est arrivée au moment le plus noir de ma vie. C’était un chien d’une bonté incroyable. Elle a vécu 15 ans et demi.
Elle s’appelait Cartouche. C’était une petite chienne de chasse. Un ami de la famille disait en riant que c’était « une cartouche à blanc » parce que notre nom de famille est Blanc. On n’avait même pas pensé au jeu de mots en choisissant son nom, mais c’est resté.
Vous aviez déjà envie de reprendre un chien quand vous avez vu Gary ?
Oui, bien sûr. J’adore les chiens. C’est tellement émouvant de bonté.
Selon certaines traditions hindouistes, le chien a à lui seul toutes les qualités humaines que l’être humain rêve de développer tout au long de sa vie : la bonté, la loyauté, la fidélité, la constance. Et selon cette filiation religieuse, le chien serait la dernière incarnation avant le nirvana.
Parfois, je regarde Gary et je me dis qu’il y a une telle pureté dans sa façon d’être. C’est mon maître spirituel. Il est tout le temps dans l’instant présent, dans la joie de ce qui est. J’ai un respect, une admiration infinie pour toutes les qualités soi-disant humaines que mon chien me montre au quotidien. D’aucuns diraient qu’on aurait tout à apprendre de leur humanité.

Vous avez pris des cours d’éducation avec Gary ?
Oui, je trouve qu’il y a du bien et du moins bien. Je suis assez dubitative avec l’éducation positive à tout prix. Il n’y a pas besoin d’être violent, mais je sens que Gary est content quand je donne un cadre. Les humains aiment ça, et je pense que les animaux aussi. C’est hyper sécurisant pour eux. Je m’en fiche que mon chien m’obéisse. Je veux qu’il me fasse suffisamment confiance pour que, quand je lui dis un truc, il sache que je ne le fais pas gratuitement parce que j’ai envie d’être la chef.
Ce n’est pas juste mon plaisir d’avoir une petite créature qui obéit à mes ordres.
Gary a-t-il aussi changé votre mode de vie ?
Oui, complètement. Quand j’ai pris Gary, j’ai dû bouleverser pas mal de choses. J’étais plutôt la fille qui partait tous les week-ends sur sa moto, qui partait en voyage tout le temps, qui faisait beaucoup de plongée sous-marine.
Maintenant, ça m’arrache le cœur de partir car je sais que je dois être dix jours sans lui. Je n’aime pas être sans lui. J’aime quand Gary est là.
Vous avez même déménagé pour lui…
Oui, c’était aussi une super opportunité. J’habitais au sixième sans ascenseur à Plainpalais. J’étais hyper bien dans mon appartement depuis des années, mais Gary est arrivé. Un chien de quatre mois avec six étages à monter et à descendre. Je le portais parce que ses articulations n’étaient pas encore terminées. C’était sport.
J’ai pu racheter la maison de ma grand-mère. J’ai quitté Genève où il y avait tous mes amis pour Lausanne où je ne connaissais pratiquement personne. C’était spécial.
Maintenant, je vis dans une petite maison avec un jardin clôturé que Gary adore.
Etes-vous comme les pet parents sur Instagram qui s’habillent n’importe comment pour sortir leur chien ?
J’ai été comédienne toute ma vie, donc j’ai une garde-robe assez abondante. J’ai pas mal de robes de princesse et je suis habillée en femme des bois depuis que Gary est dans ma vie.
Je ne porte plus ma collection de chaussures à hauts talons. Si je suis avec Gary en laisse, en ville, avec des talons de dix centimètres, j’ai quand même toutes les chances de passer un très mauvais moment. Donc je suis plutôt maintenant en chaussures plates.
Et puis parfois, je sors en pyjama avec les vieilles baskets. Je me dis : il ne faudrait pas que je rencontre l’homme de ma vie comme ça. Quoique… non, ce serait parfait. Comme ça, il m’aimerait tout de suite pour ma beauté intérieure.

Finalement avec Gary, votre garde-robe est un peu moins glamour. Pas de regret ?
Je crois que je n’en ai proprement rien à faire, en fait ! J’aime toujours la beauté et les belles choses, mais je me retrouve parfois à sortir en pyjama et vieilles baskets pour promener le chien.
À 20 ans, je ne pouvais pas sortir si je n’étais pas maquillée. Maintenant, quand je sors, je suis au plus près de mon authenticité.
Est-ce que vous vous ruinez pour Gary ?
Je souffre d’une éco-lucidité assez développée donc je ne vais pas acheter non-stop pour Gary. Mais il a quand même du matériel. L’autre jour, des amis sont venus à la maison, ils se sont moqués de moi : il y a sept lits pour Gary dans la maison !
Là où je dépense de l’argent, c’est surtout dans les soins. Il a notamment des allergies. Il se mord parfois les pattes jusqu’au sang tellement ça le démange. C’est horrible, la sensation de ne pas pouvoir venir en aide.
J’ai investi aussi dans de bons harnais, une super ceinture de sécurité pour la voiture et des petites bottines pour les fois où le sol est vraiment très chaud . J’ai aussi un super sac où il peut vraiment dormir dans mon dos sur la moto. Je lui ai même acheté de petites lunettes au cas où, mais ça ne passe pas !
Et il a une super niche où il ne va jamais.
A-t-il une garde-robe ?
Ah oui, là j’ai complètement pété un câble ! La vétérinaire m’a expliqué que les chiens avec les poils ras comme les jack russell peuvent avoir froid.
Et alors là, je m’éclate. J’ai des super doudounes de toutes les couleurs pour lui. Il est trop beau dedans. Et puis il a sa veste de pluie car il n’aime pas la pluie.
Souvent, on fait vingt mètres, il me regarde et il me dit : « Mais il faut commander une autre météo, là ! Ça ne va pas du tout. » Comme si j’étais toute-puissante. Comme si j’étais Dieu. Je suis sûre qu’il doit se dire : « C’est nul ce que tu as fait là. Il faut enlever la pluie. »
Gary a-t-il parfois des comportements étonnants ?
Oui ! Il a une folie : il attaque ma porte d’entrée. Il me demande de sortir et, quand j’ouvre la porte, il l’attaque. J’ai même dû coller une plaque en bois sur le bord de la vieille porte de mes grands-parents, qui a en plus une valeur sentimentale.
J’ai fait venir des comportementalistes, des personnes qui font de la communication animale… Rien n’a vraiment marché. Et parfois, il ne s’intéresse pas à la porte et tout d’un coup : clac ! Il se met à l’attaquer et à lui gueuler dessus. Il y a des moments où ça me rend dingue. Mais ce qui m’énerve aussi, c’est ma propre impuissance. Je ne comprends pas pourquoi il fait ça et j’ai essayé plein de choses.

Selon vous, que faut-il comprendre pour vivre avec un jack russell ?
Il faut être d’accord de donner du temps à un jack russell. Gary prend énormément de temps dans ma vie et je suis heureuse de le lui donner.
Il n’a jamais rien détruit, jamais. Il est gentil avec tout le monde. Il est complètement taré, hyperactif, fou, mais il est tout le temps gentil. Et je pense que le fait de lui donner ce dont il a besoin lui apporte un équilibre.
Les jack russell ne sont pas des chiens faciles. Ils sont très vite abandonnés. Mais il faut être d’accord de leur donner du temps. Cela étant Gary a un gros défaut : il aboie énormément. J’ai la moitié de mes voisins qui sont patients et l’autre moitié qui me haïssent !
Si Gary pouvait vous parler, que vous dirait-il ?
Je pense qu’il me dirait qu’il m’aime. Il a une façon de me faire découvrir l’amour qui me touche énormément. On parle souvent de cet amour sans conditions qui est une espèce de graal dans toute relation. Et je trouve qu’avec Gary, il y a vraiment ça. Je me sens tellement aimée par ce chien. Il n’y a pas de chichi, on n’est jamais dans quelque chose de volontariste.
Les chiens ont tellement de talent à aimer. Et leur amour est tellement cash, tellement simple.
Et cet amour évolue ?
Oui, je crois qu’on s’aimait beaucoup moins il y a quatre ans qu’aujourd’hui. Notre amour s’est construit avec les milliers d’heures qu’on passe ensemble, à être là l’un pour l’autre et à se chérir.
C’est aussi pour ça que je pense que ce sera une catastrophe quand il mourra. C’est le défaut principal de nos chiens : ils ne vivent pas aussi longtemps que nous. Là, j’en veux beaucoup aux chiens !
Mais aujourd’hui, j’ai juste envie qu’il soit là. J’aime être dans la présence de ce chien et tout porte à croire qu’il aime être dans ma présence.





