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Jean-Pierre Althaus :« Lotus était la petite chienne de ma vie »

Odile Habel by Odile Habel
22/08/2026
in Pattounes News

Comédien, écrivain et directeur de théâtre, Jean-Pierre Althaus ne manque jamais d’histoires à raconter. Mais la plus belle reste celle de Lotus, sa petite teckel, à qui il dédie son livre Lotosblume (Infolio Editions). Un récit drôle, tendre et humaniste.

Avec la publication de ce livre dédié à votre chienne Lotus, vous abordez un sujet totalement différent dans votre travail d’écrivain.
Les animaux sont ma passion. Une passion parallèle au théâtre et à tout ce que j’ai pu faire dans la littérature. C’est une passion très privée, en quelque sorte, mais qui compte beaucoup. J’ai perdu ma petite chienne à l’âge de 6 ans, qui était, je n’hésite pas à le dire, la chienne de ma vie. J’ai été tellement bouleversé que je me suis tout de suite mis à l’écriture d’un livre sur elle. Contrairement à mes autres ouvrages, celui-ci s’est écrit très vite, très facilement.

Votre amour des animaux vient en partie de l’exemple de vos parents ?
C’est un véritable héritage familial. Ma grand-mère, qui était d’origine maorie – une Blanche maorie à la stature impressionnante -, habitait une petite maison à Chambésy, près de Genève. Elle vivait entourée d’une vingtaine de chiens auxquels elle était très attachée.
Quand on entrait chez elle, on avait l’impression de plonger dans la mer au milieu de poissons qui vous picotent les chevilles. Mes parents avaient aussi deux petits chiens qu’ils aimaient beaucoup. J’ai donc passé mon enfance entouré de chiens. J’ai toujours été fasciné par le monde animal.

Mais votre premier animal de compagnie était plutôt insolite…
Oui, absolument ! C’était une poule dont je parle dans mon livre. Je l’élevais dans notre appartement à Genève, au cœur d’un quartier populaire. Mes parents savaient que j’aimais profondément les animaux et ils m’avaient offert un poussin très mignon, tout petit. Mais le petit poussin a fini par grandir et il est devenu tellement grand !
Bien entendu, s’occuper d’une poule dans un appartement n’est pas facile et un jour mes parents m’ont dit qu’on allait devoir s’en séparer. Et là, j’étais abattu. Ma mère m’a dit: « On va demander à un paysan de prendre ta poule et de faire en sorte qu’elle ne finisse pas en poulet, le dimanche à midi. Et tu pourras lui rendre visite tous les week-ends en dehors de l’école. » Et mes parents ont tenu parole. Ils ont trouvé un gentil paysan qui a gardé ma poule vivante.
Bon, ma mère avait allongé un petit peu d’argent aussi pour ça !
J’allais voir ma poule en prison car, bien sûr, elle était derrière des treillis. Mais elle me reconnaissait, elle arrêtait de picorer avec ses congénères et elle courait jusqu’au grillage pour me dire bonjour. Évidemment, cela me troublait encore plus. À tel point que le dimanche, après la visite dominicale chez le paysan, je pleurais à chaudes larmes. J’aurais voulu qu’elle revienne ici, à la maison. Pour finir, la visite de la poule devenait un tel drame que mes parents ont arrêté. Ma poule s’appelait Guenièvre.
J’ai aussi eu une grenouille sauvée d’un laboratoire, bien sûr plusieurs chiens et une chatte siamoise que j’avais recueillie avec la patte cassée. Je n’ai jamais trouvé ses propriétaires et j’ai fini par la garder.

Quels sont les moments forts que vous avez vécus avec des animaux ?
Franco Knie m’avait proposé de gérer la communication pour son cirque. Même si j’ai dû refuser à cause de mes engagements au théâtre, il m’a fait un cadeau royal à Rapperswil. Il m’a permis de caresser son rhinocéros. Dans les films, on voit l’animal charger avec sa corne. Il peut être dangereux, il a une peau très dure… Franco Knie m’a dit de caresser le rhinocéros à un endroit où la peau est hypersensible. Et je voyais le rhinocéros avec son gros oeil qui se fermait de plaisir et de béatitude sous mes caresses. Et c’est très émouvant, cet animal quasiment préhistorique qui réagit avec autant de douceur.
Je me souviens aussi d’avoir trouvé une milan royal tombé d’un nid trop haut dans ma forêt. Je l’ai apporté au centre de soins pour oiseaux sauvages de La Vaux-Lierre, à Etoy. Ils l’ont nourri pendant trois mois. Le jour de sa remise en liberté, les soignants m’ont appelé pour que ce soit moi qui le relâche. Ils m’ont donné un gant gigantesque. Tenir ce rapace adulte, ressentir sa majesté, cela rend très humble. Je l’ai lancé haut et il a appris à voler en trois secondes. Il est parti pour le Maroc, mais les soigneurs m’ont dit qu’il reviendrait l’été suivant à l’endroit exact où il est né.
Ce fut l’une des plus belles émotions de ma vie. Aussi forte que ce que le théâtre de Tchekhov ou Shakespeare me permet de vivre.

Votre livre, Lotusblume, est un hommage vibrant à votre petite teckel, Lotus. Quelle est l’histoire de votre rencontre ?

Sa mère s’appelle Jaguar, et c’est elle que j’ai sur les genoux en ce moment même ! J’avais eu un coup de foudre pour elle chez son éleveuse en Alsace, mais elle n’était pas à vendre. J’ai alors dit à l’éleveuse, Isabelle : « Si Jaguar a une petite femelle qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau, promets-moi de me la garder. »
Huit mois plus tard, le 21 décembre 2015, Jaguar mettait au monde une seule femelle. Quand je suis arrivé pour la voir, l’émotion était si forte que j’en ai eu les larmes aux yeux. En croisant son regard, j’ai tout de suite su que nos destins étaient liés.

Pourquoi l’avez-vous appelée Lotus ?
L’année de sa naissance exigeait un nom commençant par la lettre L. J’ai choisi Lotus pour deux raisons. La première est un clin d’œil automobile trivial : Jaguar est une marque de voiture racée, tout comme Lotus. La seconde raison est plus poétique : le lotus est la fleur sacrée de l’Orient et de l’Inde, souvent associée au Bouddha. Il y avait pour moi une dimension sacrée dans ce nom.

A un moment, vous avez accueilli trois générations de teckels chez vous : la grand-mère Epburn, la mère Jaguar et la petite-fille Lotus. Comment se passait la vie de ce clan ?

Ces chiens ont un esprit de clan et de famille indéniable. C’était fascinant à observer. La grand-mère, Epburn, passait ses nuits à chasser. Elle a tout de suite décelé chez sa petite-fille Lotus un intérêt ou un don pour cela. Elle a donc décidé de faire son éducation en l’emmenant chercher des mulots. Elles transformaient mon jardin en véritable terrain de golf !
Un jour, je surprends Epburn en train d’attendre au bord d’un trou. Je m’approche pour lui dire de rentrer, et en baissant les yeux dans le trou très profond, j’aperçois une petite queue qui frétille : c’était celle de Lotus, que la grand-mère avait poussée à s’engouffrer au fond. J’ai dû la tirer par la queue pour la faire sortir ! Elles étaient toujours complices et spectatrices des bêtises les unes des autres.

Lotus souffrait d’une malformation cardiaque et est partie très jeune. Comment surmonte-t-on une telle perte ?
Je l’ai appris un an après son adoption, lorsqu’elle s’est effondrée en courant. Ma femme, qui est vétérinaire, l’a auscultée et a découvert sa maladie. À partir de ce moment-là, j’ai adapté notre quotidien pour la ménager. Notre lien était si fusionnel que si je devais partir en tournage pour un film, elle tombait malade. Je devais faire des kilomètres en voiture pour rentrer. Et dès mon arrivée, elle se remettait. Elle est finalement partie dans mes bras, de mort naturelle.
Je crois beaucoup à la poésie de la physique quantique et à l’idée des mondes parallèles. C’est d’ailleurs vers cela que tend la fin de mon livre. Je suis convaincu qu’il existe d’autres dimensions où les êtres que nous avons tant aimés poursuivent leur chemin de manière plus douce. Lotus est là-bas, mais elle restera unique par ses aptitudes mentales et sentimentales.

Pensez-vous que votre rencontre avec ce clan de teckels était écrite ?
Oui. Je pense réellement qu’elle m’attendait. J’ai parfois des intuitions très fortes. Avant même la naissance de Lotus, la grand-mère, Epburn, venait systématiquement s’asseoir près de ma chaise. Elle me fixait intensément de son œil bleu vairon. Dans un élan poétique, je lui ai murmuré : « Toi, un jour, tu seras chez moi. » C’était pourtant absurde sur le moment car son éleveuse ne voulait pas s’en séparer !
Je crois que le destin se forge aussi par la volonté. Quand on désire profondément quelque chose, l’esprit est assez puissant pour nous orienter vers cet objectif. Cela influence nos décisions, notre sensibilité et notre capacité d’agir. Tout cela a contribué à notre magnifique histoire.
https://www.althaus-productions.ch/
https://www.infolio.ch/

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